Lettre à Gregory Lemarchal

Mis à jour : janv. 31

Quoi de plus beau que de se souvenir de l’arrivée plutôt que du départ ?


Lettre à Greg


Mon premier souvenir de toi, c’est celui d’un tout jeune homme, timide et d’apparence si jeune, que l’on remarquait à peine dans le groupe que j’étais venu coacher à Lyon, en ce début des années deux mille. Un compositeur local m’avait demandé de venir aider des artistes qu’il venait de caster pour un projet de comédie musicale. Et voilà que par un dimanche plein de soleil, je me retrouve à faire travailler, à la cité des Canuts, une dizaine de chanteurs.

En fin de journée, le contact s’est établi entre nous. J’ai découvert ton talent incroyable de chanteur. Je l’avoue, je ne m’y attendais pas. J’avais demandé à chacun des membres de la troupe de me chanter sa chanson solo et quand ton tour est venu, rien ne m’avait prévenu du choc que j’allais avoir. La musique a démarré. Tu t’es levé et d’un coup, c’est comme si nous étions sur la scène illuminée du Palais des Congrès, ta voix, ta présence devenaient une évidence. Quand tu t’es rassis, les autres n’ont rien dit. Juste applaudi longuement. Et moi, j’ai attendu la fin de la journée pour parler avec toi et tes parents, pour leur dire à quel point j’avais été touché.


Par la suite, nous avons vite senti et perçu nos fragilités mutuelles. Moi, de là où je venais et toi, vers là où tu allais. Rapidement, la parole s’est ouverte entre nous. Avec simplicité et profondeur. Et si Je suis encore là, vivant, pour en témoigner - dieu sait qu’à l’époque, rien ne pouvait l’assurer - toi, Greg, tu n’es plus là mais ton souvenir reste vivace au fond de mon cœur !

Je suis heureux, aujourd’hui, à l’occasion de l’anniversaire de ta naissance, le 13 mai 1983, de témoigner - bien au-delà du merveilleux chanteur que tout le monde connaît - de l’être courageux que tu étais.

Notre travail vocal t’a aidé à mieux respirer, à te sentir moins débordé par ces glaires visqueuses qui envahissent tes poumons. Et nos discussions vont m’aider, moi, à grandir et peut-être à comprendre la puissance de ce métier de coach vocal que j’ai contribué à faire exister. Un jour, quand par hasard, j’évoque le fait que j’ai commencé à enseigner les chanteurs en 1983, et que tu m’as répondu « mais c’est l’année où je suis né », j’ai été saisi par une sorte de révélation. J’y vois comme un signe car la rencontre avec toi va me précipiter pour les quelques années qui vont suivre vers cette collaboration imprévue mais oh combien importante pour la suite de ma carrière.


Un accompagnement discret, jamais médiatisé, qui va m’obliger à inventer de nouveaux exercices, de nouvelles clés vocales pour t’apporter une plus grande liberté dans ton corps et dans ta voix. Et si, depuis, j’ai eu l’opportunité de pouvoir aider d’autres chanteurs atteints de la même pathologie, c’est toi qu’il faut remercier. Tu m’as obligé à chercher, à revisiter mes connaissances pour trouver des solutions.

Chanter, c’est faire vibrer son larynx pour fabriquer des sons qui vont résonner dans la bouche, dans son nez, entre ses lèvres, mais c’est aussi faire travailler ses poumons pour obtenir la matière première du son, l’air. Et l’air, c’est ce qui manque en bout de compte à une personne atteinte de la mucoviscidose. Ses poumons se remplissent chaque jour de mucus, diminuant la capacité respiratoire. Mon travail de coach vocal, en parallèle à celui du kiné spécialisé, c’est de permettre au chanteur de développer sa capacité aérienne pour repousser les contraintes de la maladie.


Combien de fois, tu me disais, après un exercice réussi, « j’ai l’impression de respirer mieux, merci ! ». Tu ajoutais aussitôt : « il faut aider les autres et partager ton expérience ». Eh bien, Greg, je pense à toi chaque fois que j’anime mon séminaire sur la respiration aux professeurs en formation à l’Ecole Richard Cross. Chaque fois, je remercie pour tes encouragements. Aujourd’hui, en mémoire de ton jour de naissance le 13 mai 1983, je me rends compte du chemin parcouru : 400 formateurs vocaux, passés entre mes mains, sont désormais capables d’aider tous ceux qui ont besoin de libérer leur respiration. Malade du corps ou malade de l’esprit, la gestion de l’air est indispensable pour sortir de la prison de soi-même. L’air, c’est à la fois la première inspiration du bébé et le dernier souffle du mourant. Et entre ces deux moments extrêmes, respirer est à chaque instant la possibilité de retrouver le calme, le contrôle de soi, le silence intérieur… le « pneuma » si cher aux grecs de l’antiquité, cette « âme » qui nous anime… le travail respiratoire est le moyen d’y avoir accès. Et le travail vocal ouvre royalement ce chemin…


Le deuxième souvenir qui me revient, c’est quand je t’ai présenté à Gérard Louvain et à Daniel Moyne, alors en préparation de leur prochain spectacle « Belles, Belles, Belles » à l’Olympia. En tant que coach vocal de cette comédie musicale construite sur les chansons de Claude François, j’avais imaginé que tu pourrais faire partie de l’équipe. Le temps était compté. Nous le savions toi et moi. Nous en parlions parfois, entre deux exercices. Nous n’avions pas peur de l’évoquer. Une totale franchise a toujours été de rigueur entre nous. Chacun de nous pour ses propres raisons. Aussi, quand nous avons compris que l’effort allait être physiquement trop important et qu’il fallait préserver ta santé, je t’ai consolé sur le moment. Mais finalement, cet « échec » a été la porte de ta plus grande réussite : Gérard Louvain venait d’être nommé « directeur » de la Starac et quand, à la suite du casting « sauvage » où t’avait amené Brice Davoli, l’un des coachs vocaux de ma structure à l’époque, il m’a demandé ce que je pensais de l’idée de t’intégrer dans le programme, j’ai trouvé l’idée formidable. Moins fatiguant que d’être sur scène tous les soirs mais par contre, incroyable opportunité de faire découvrir ton talent de chanteur à des millions de gens devant leur télévision !

Le troisième et dernier souvenir qui me vient, c’est quand tu es venu chanter en duo avec Michel Sardou à l’Olympia. J’étais présent puisque j’étais le coach vocal de Michel à cette période et c’était la fête pour moi de te voir partager cette scène mythique avec un aussi grand artiste populaire. Plus tard, dans sa loge, il t’a félicité du fond du coeur car il avait été vraiment bluffé par ta prestation. Après ton départ, nous avons encore parlé de toi. Tes oreilles ont dû siffler ce soir-là car j’ai redit tout le bien que je pensais de toi. Pas uniquement du chanteur mais de la personne que tu étais. De tout ce que tu m’avais apporté sans le savoir.

Ces derniers jours, à la télévision et sur le net, on a honoré ta mémoire en rappelant la date de ton départ. Moi, aujourd’hui, j’aimerais fêter la date de ta naissance. Quoi de plus beau que de se souvenir de l’arrivée plutôt que du départ ? Tu étais encore adolescent au moment où j’ai approché la mort de bien près et toi, quelques années plus tard, tu retrouveras ton rendez-vous inexorable… pourtant, tu ne cessais de me répéter « tant que je pourrais, je resterai debout et je chanterai. Pour leur donner à tous l’espoir ». Et c’est ce que tu as fait jusqu’au 30 avril 2007. Alors, moi aussi, à mon façon, je continue d’écrire l’histoire du HIV, je reste debout et je fais chanter les autres.


Merci Greg. ✨



L'association Grégory Lemarchal est une association créée en 2007 dans le but de vaincre la mucoviscidose. Laurence et Pierre, les parents de Grégory, sa sœur Leslie, et sa compagne Karine Ferri, membres du conseil d'administration ont décidé que son succès artistique et son combat exemplaire contre cette maladie devaient permettre de favoriser la prise de conscience du public et d’aider les patients touchés par elle. L'association Grégory Lemarchal a de nombreuses activités, dont l'aide et l'assistance des patients touchés par la mucoviscidose et de leurs familles, ainsi que des actions pour améliorer le confort et la qualité de vie des malades. Et bientôt, la Maison Grégory Lemarchal, premier centre d’accueil pour des patients atteints de mucoviscidose.


https://association-gregorylemarchal.org/actualites/aider-les-malades/bientot-la-maison-gregory-lemarchal/?fbclid=IwAR1JX_ngDVsNDgn1K4T5SdArFTnco2akQ8Azwrk9reV9iJo0qKA80LoguPI


L’association Les Amis d’Iccarre est une association créée en 2014 par Richard Cross pour faire connaître les travaux du Dr. Jacques Leibowitch permettant un traitement intermittent des séropositifs, avec la possibilité d’obtenir une posologie d’entretien à long terme qui respecte l’écologie du corps sans oublier celle de la terre. Moins de traitement, moins de chimie pour vaincre le sida en respectant la qualité de vie.


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® Richard Cross